/ avril 15, 2020/ CORPS CONFINÉ, CORPS RETROUVÉ, L'ARBRE À PALABRES


Cherz’ami.e.s,

Voici enfin l’avant-dernier volet de cette petite série “mon corps confiné, mais mon corps libre et bichonné”, sans accessoires, en toute simplicité, avec les seuls moyens du bord : mon corps !

A dire la vérité, j’ai eu du mal à terminer cet article, parce qu’il parle d’un sujet particulièrement délicat. Le toucher. Comment parler de toucher sans réveiller les blessures qui y sont trop souvent liées ? Me disant que ce n’était pas le moment d’ajouter du stress au stress, j’ai cherché d’autres sujets. Car en matière de travail corporel, pour réveiller, stimuler, retrouver, redonner de la place à l’intelligence du corps, il y aurait tant de choses chouettes à proposer. Mais si je m’en tiens strictement à la ligne “simple, applicable seul.e, sans accessoire, sans remèdes, sans besoin de connaissances techniques préalables complexes, 100% gratuit, 100% sécure ET faisant du bien tant au coeur qu’au corps et à la tête…. ça limite beaucoup les possibilités.

Par contre, quand on a un corps à disposition et qu’on a la chance d’avoir des mains, et je le dis sans ironie aucune, il nous reste la plus belle des “techniques” à appliquer au temps du confinement :

L’AUTO-MASSAGE

Alors au risque de réveiller de douloureux souvenirs, je vais tout de même proposer cette approche. Vu que le but n’est pas de nous muer en masseurs professionnels à la fin de ce confinement, ni de devenir des pros en do-in ou en réflexologie, je vous propose ici de pratiquer l’auto-massage avec la conscience qu’il s’agit surtout de rester en lien avec son corps, avec ses sens, sa peau, son ressenti corporel au sens large, d’autant plus si l’on est confiné seul ou en quarantaine stricte pour cause d’infection.

Deux des soucis majeurs que l’on rencontre dès que l’on parle de massage sont :
– les associations mentales (trop?) souvent sensuelles – au sens “pré-sexuel” du terme.
– une perception trop souvent simplement “utilitaires”, voire “mécanique” de la chose, le massage devant une action, un “truc” visant à se débarrasser de telle tension, de telle autre douleur, etc.

STOP ! L’idée ici est toute autre. Il s’agit d’une invitation à s’essayer à une autre approche du massage, qui nous permette simplement d’entrer dans le monde du “toucher” avec “sensibilité”.

Et comme nous sommes trop nombreux et nombreuses à le savoir, à l’avoir appris souvent beaucoup trop tôt, le toucher est tout sauf un acte, un contact anodin. Et être adulte, rationnel et équilibré, ne nous dispense pas de pouvoir vivre par le message des sensations fort désagréables voire re-traumatisantes, tant notre corps physique est empli de souvenirs, de mémoires, pas toujours très gaies. Agression, brutalité, coups, insultes, jugements, manipulations diverses, mépris, négligences plus ou moins grave. Le toucher – ou l’absence de toucher – peut laisser des traces assez douloureuses sur notre être. Au-delà même de son aspect sensuel ou sexuel, le toucher est un acte infiniment intime, et ce confinement est l’occasion de s’en souvenir.

Par l’auto-massage, l’invitation est faite ici de remettre de la conscience dans l’acte de toucher, son propre corps, de soi à soi ; ne plus prendre nos mains, notre corps, pour acquis, et vite lui mettre une crème, vite masser tel point pour vite faire disparaître tel ou tel symptôme. Le toucher ne devrait être ni substitut de médicament ni “distraction” mondaine ni arme de séduction massive. Le toucher sans conscience est au mieux un “aliment vide” et peut-être au pire une répétition de “violence”. Ce sont la présence autant que l’attention mises dans les gestes qui “guérissent”, soulagent, détendent, réjouissent l’âme…et le corps.

Sans conscience, simple rituel mécanique, le toucher ne “sert” à rien et peut même être une intrusion tout à fait désagréable, voire pire. Cela vous est-il déjà arrivé de vous lever d’une table de massage et de dire simplement stop, toi, tu ne me touches plus ? (sinon, la prochaine, ne vous gênez surtout pas !). Ou d’être “massé”, “touché”, mais de vous sentir néanmoins fort “seul.e” et pas accompagné ? Ou alors de pleurer de bonheur sous les doigts d’un masseur ? Moi, les larmes de joie, ça m’est arrivé, il y a quelques années. En Thaïlande. Elle/il (je n’ai jamais su) avait compris que je ne voulais pas “avoir mal”. Je ne voulais pas de ce massage thai si sublime en temps normal mais … non, j’avais déjà bien assez à digérer… Du coup, par sa sensibilité et sa finesse incroyable, j’ai été gratifiée quotidiennement de massages à l’huile comme jamais de ma vie ! Pendant des semaines, c’était devenu mon rituel quotidien, ajouté à la virée en scooter et le yoga matinal au bord de l’étant. A la fin de mon long séjour, j’étais encore plus triste de quitter mon masseur/ma masseuse que de quitter ces terres que pourtant j’adore… Bref, le toucher, c’est un monde !!!!

Je vous propose donc de profiter de ce confinement pour apprendre à entrer dans une écoute plus fine de notre corps, de ses besoins, notamment en matière de toucher. Est-ce que les massages mécaniques que je recevais jusqu’ici étaient vraiment ce que mon corps aime ? Est-ce que le “ça fait mal mais ça fait du bien”, est vraiment indispensable ? Et si j’essayais du plus délicat, ou du plus précis ou du plus sensible, du plus adapté, du plus variée ? Et est-ce que ne pas être touché/e depuis des années, c’est vraiment pas si grave ?

En matière énergétique, dans la lecture des chakras telle qu’on la fait en ayurvéda par exemple, le sens du toucher est relié au 4ème chakra, chakra du coeur, et donc au thymus et donc au système immunitaire… Etonnant, non ? (comme dirait l’ami Desproges). Une technique de torture malheureusement courante consiste à empêcher un détenu de se toucher lui-même. La privation sensorielle. Atroce, non ? Quand on remarque à quelle fréquence nous nous touchons en permanence. Ces auto-massages constants, y avez-vous déjà prêté attention ? Ça peut être intéressant de vous amuser à compter le nombre de fois que vous vous touchez dans la journée, d’autant plus en ces temps ou porter ses propres doigts à sa propre bouche, à son propre nez ou à ses propres yeux peut s’avérer si lourd de conséquences (pour soi et pour les autres par effet domino).

Bref, entre autres bienfaits (sur la circulation de la lymphe, sur la production d’ocytocine, la stimulation de diverses fonctions internes), s’auto-masser permet de continuer à garder un contact intime avec soi. Outre le fait que la peau est un de nos organes les plus sensibles, toucher nous relie donc directement au “coeur”, et stimule notre système immunitaire. Pourquoi se priver ?

Revenir au coeur peut révéler la tristesse, la solitude qui s’y trouve, les peines, mais aussi les joies, la tendresse et la douceur qui se cachent juste derrière…. Accueillons nos joies, nos peines et si c’est trop dur…… appelons un ami, tendons une main jusqu’à ce que quelqu’un la prenne. Etre confiné ne doit pas signifier être “seul” ! (et si jamais, n’hésitez pas… je suis dispo atuellement 24/24 et 7/7 — ou presque)

A mon sens, ce confinement nous invite à des retrouvailles indispensables. Il est temps de se retrouver et de s’offrir en masse toutes ces particules de soin, de tendresse et de stimulation mêlées dont notre être, nos corps, nos âmes ont tant besoin. Se masser, se cajoler, se câliner, se pétrir, se presser, s’effleurer, se sentir, s’écouter, s’adapter, s’ajuster, s’adoucir, s’affermir.

Bref…faites-vous du bien et apprenez à découvrir ce qui vous fait vraiment du bien, afin de plus tard, après tout ça, pouvoir dire enfin aux autres comment ils peuvent vous faire du bien…..

Pas besoin ni de crème ni d’huile, juste VOS mains sur VOTRE peau, sur VOTRE corps.

J’avais hésite à mettre une vidéo de démo cette fois-ci encore, mais le risque était grand de revenir à une “technique”, à un acte “mécanique”, “utilitaire”, alors que mon invitation est justement toute autre. J’avais pris le parti de vous laisser seul cette fois-ci, de vous laisser découvrir, explorer, chercher, sentir ! Votre corps ayant toutes les infos nécessaires en ce moment, je vous aurais laissé vous familiariser avec ce nouvel espace intime, pour ensuite vous proposer de prendre prendre quelques inspirations de ci de là, do-In, massage des mains…

Mais voilà, la vie est si bien faite; cela faisait plus de 5 jours que j’attendais pour terminer cet article, et voilà que maintenant que je m’y suis mise, Solange vient de publier sa toute dernière capsule video… Comme si je l’attendais, De quelle plus belle conclusion pouvais-je rêver ? Je vous la glisse ici pour le plaisir, pour le câlin, pour le tout doux…

Allez, une brassée d’auto-câlins à vous !


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