/ avril 3, 2021/ L'ARBRE À PALABRES, Sagesse & beauté


En ce temps de Pâques, il est bon de faire mémoire de Dysmas, ce brigand criminel ou larron dont nous parle l’Evangile de Luc. Il aurait été crucifié avec le Christ, et à l’instant de sa mort, se serait tourné vers Lui, en lui disant : « souviens-toi de moi dans ton royaume » et le Christ lui aurait répondu : « Aujourd’hui même, tu es avec moi en paradis ».

Un acte de foi, un acte de confiance en celui qui donne et qui pardonne, celui en qui règne en plénitude le Saint Amour, l’Amour Dieu, cela suffit.

Il suffit d’un instant d’ouverture pour entrer dans l’Ouvert (et la croix est cette ouverture totale de l’humain à l’infini de l’espace qui le contient).

Si, à la manière des anciens, nous intériorisons ce récit, qu’allons-nous découvrir ?

Le brigand, c’est nous, c’est notre mental, qui divise, déchire, qui juge et qui tue.

Le Christ, c’est notre cœur profond qui demeure dans l’Ouvert, où s’incarne le Saint Amour, qui donne et pardonne.

Notre pensée, notre mental, comme Dysmas peut se tourner vers le cœur, un « instant » ne faire qu’un avec Lui, expirer et entrer dans le rayonnement de l’infinie Présence qu’on appelle le paradis.

Il s’agit de sortir de l’anesthésie, l’oubli de l’Être et de l’Amour qui habite les profondeurs du cœur pour entrer dans l’anastasie, c’est-à-dire l’éveil ou l’élévation du cœur et de l’esprit dans la lumière et dans l’amour (le mot grec anastasis est traduit en français par relèvement ou résurrection)

La clef de cet éveil ou de cette résurrection, c’est la métanoïa, le retournement, se tourner vers ce qui en nous, est plus vivant que nous, plus intelligent que nous, plus aimant que nous. Nous souvenir de la Béatitude (le paradis, le royaume) pour laquelle nous sommes créés.

C’est le malheureux qui se souvient du bienheureux, la nature qui se souvient de la grâce. Notre vie mortelle qui se souvient de la vie éternelle, d’où elle vient et où elle va. La vie crucifiée qui se souvient de la vie ressuscitée, c’est l’homme qui se souvient et qui s’ouvre à l’insaisissable Dieu.

Tout cela en un instant qui ne finit pas, celui de notre passage (Pâques) sur une autre fréquence, une autre intensité, celle du très saint et fol Amour « qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles ».

– Jean Yves Leloup, Avril 2021 –