/ février 24, 2003/ L'ARBRE À PALABRES, Nature & écologie, Sagesse & beauté

Et voilà que vient le temps où tous les peuples de la terre peuvent apporter leurs cadeaux au feu et se regarder l’un l’autre
sans peur

Respire profondément

Sens le puits sacré qu’est ton souffle,
et regarde
regarde ce cercle

Vois-nous venir de chaque direction
des quatre coins de la terre

Vois les lignes qui s’étendent à l’horizon
la procession, les présents apportés
vois-nous nourrir le feu

Sens la vie de la terre renouvelée
Et le cercle est à nouveau entier
et la roue de la médecine est à nouveau formée
et le savoir en chacun de nous est à nouveau intact

Sens le grand tournant, sens le changement
la vie nouvelle coule dans ton sang comme le feu
et toute la nature ressuscite avec elle
verdoie, bourgeonne et fleurit

De cette puissante montée
la vigne s’élève, les céréales s’élèvent
et les déserts deviennent verts
et le terrain vague éclôt tel un jardin

Entend la terre chanter
de son propre charme
ses petites collines, ses vallées
ses sillons bien irrigués
ses coins sauvages indomptables

Elle se révèle en toi
comme toi en elle

Ta voix devient sa voix
Chante !

Ta danse est sa danse
des étoiles tournoyantes
et de la flamme éternellement renouvelée
Alors que son accouchement est devenu ton accouchement

A partir des os, la cendre
De la cendre, la douleur
De la douleur, l’enflure
De l’enflure, l’ouverture
De l’ouverture, l’accouchement
De l’accouchement, la naissance
De la naissance, la roue qui tourne,
la marée qui se retire

Ceci est l’histoire que nous aimons nous raconter
La nuit
Quand l’accouchement est trop dur, et dure trop longtemps
Quand le feu ne semble être rien d’autre que des braises mourantes

Nous disons que nous nous souvenons
d’un temps où nous étions libres

Nous disons
que nous sommes libres, encore, et toujours

Et la douleur que nous sentons
est celle du labeur

Et les pleurs que nous entendons
sont ceux de la naissance

Et voilà que tu viens au feu
où les anciens sont assis

Tu es jeune
juste sur le point de mûrir
Ils sont anciens
leur visage ridé
avec des toiles d’araignées de rides
Leur visage brun, bronze, crème, noir
leurs yeux sont des puits de mémoire
Ils disent
Écoute enfant
Parce que ceci est ta nuit de passage
Et qu’il est temps d’apprendre
Ton histoire

Cette nuit tu vas courir, libre, dans la nature, dans le lointain
Ne craignant uniquement que l’esprit de ton propre pouvoir
Et personne dans ce monde ne pourra te blesser ou lever la main sur toi
Mais il fut un temps
Où les enfants n’étaient pas en sécurité
Et l’obscurité apportait viol et mort et terreur
Nous nous souvenons de ce temps

Tu es en train de grandir
Déjà tu connais la joie dans ton propre corps
Bientôt tu connaîtras la joie dans un autre
Et qui que tu choisisses d’aimer
Nous serons tous heureux de ton bonheur
Mais il fut un temps où les gens n’étaient pas libres d’aimer
Et ils souffraient de douleur et de honte et de solitude
Nous nous souvenons de ce temps

Va vers le courant, agenouille-toi, bois la douce eau
Comme tu le peux partout où l’eau coule dans ce monde
Car elle coule proprement, et respire l’air pur
Et sache qu’il fut un temps
Où les eaux et l’air lui-même
Etaient empoisonnés, et les gens mouraient
Nous nous souvenons de ce temps

Regarde autour du cercle, regarde nos visages
Chacun différent, chacun spécial
Et nous aimons tant les teintes et les nuances de nos différentes peaux
Et les plans sculptés de nos visages
Et nos splendides cheveux, telle la mousse, telle l’eau

Mais il fut un temps
Où les gens se craignaient mutuellement
Et détestaient ce qu’ils voyaient dans des yeux différents
Nous nous souvenons de ce temps

Et élève ton regard vers le ciel, vois les étoiles, vois la lune
Sache qu’il n’y a rien dans le ciel
Qui puisse te menacer ou te blesser

Mais il fut un temps
Où nous étions tous des cibles
Et nous ne savions pas, d’un jour à l’autre
Quand les bombes viendraient
Si nous aurions un monde à te laisser
Nous nous souvenons de ce temps

Ils sont silencieux
Ils attendent

Tu regardes dans leurs yeux, tu respires profondément
et c’est comme si tu connaissais le monde dont ils parlent

Tu sens sa peur s’infiltrer dans ton sang
et tu sens également quelque chose d’autre
une mémoire de force, de courage

Regarde les anciens
Vois le pouvoir dans ces yeux vieux, et ces mains frêles et jointes dans l’accueil
Respire-le
Sache que c’est ton propre pouvoir, également

Tu es des leurs
Ils vivent en toi comme toi en eux
et tu t’émerveilles d’eux

Comment ont-ils survécu ? comment ont-ils supporté ?
Ils attendent
Tu réalises que c’est toi qu’ils attendent
et tu te demandes ce qu’ils veulent que tu fasses

Et tu penses peut-être ils veulent que tu demandes quelque chose
Alors tu dis
Dites-moi, anciens
Comment avez-vous fait ?
Comment avez-vous changé cela ?
Et ils sourient
Écoute
Entends ce qu’ils te disent

Nous avons lutté, nous nous sommes débattus
Nous avons tendu nos mains et nous nous sommes touchés
Nous nous sommes souvenus de rire
Nous nous sommes rendus à d’interminables réunions
Nous avons dit non
Nous avons mis nos corps en ligne
Nous avons dit oui
Nous avons inventé, nous avons créé
Nous avons marché droit au travers de nos peurs
Nous avons formé le cercle
Nous avons dansé

Nous avons dit la vérité
Nous avons eu le courage de la vivre

de Starhawk (~1999)

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