NE PAS AGIR

/ octobre 31, 2021/ L'ARBRE À PALABRES, Sagesse & beauté, Santé & psycho


NE PAS AGIR OU COMMENT FAIRE NOUS MÊMES NOTRE MALHEUR

Il arrive fréquemment que nous sentions devoir faire quelque chose, qu’une décision doit être prise, que nous devons agir, et pourtant nous ne le faisons pas.

Nous évoquons alors de multiples raisons, nous rationalisons, nous remettons à demain, parce que finalement, « ce n’est pas si grave que ça ». La situation est médiocre, mais « ça pourrait être pire ».
Cette stratégie marche bien un temps, en effet, tant que trop de choses ne se surajoutent pas au problème de base. Néanmoins, il finit toujours par arriver un moment où c’est le corps qui commence à parler.

Au début, oh, pas grand-chose, justement. Une insomnie ici, quelques maux de tête, de l’impatience inhabituelle, un colon irritable qui le devient de plus en plus.

La vie commence à actionner une sonnette relativement douce, mais il s’agit quand même d’une alarme.

Avec un peu de chance, nous écoutons le message, mais c’est plutôt rare à ce stade, parce que finalement, cela reste fonctionnel et épisodique. Pourtant, au-dedans de nous, nous savons, déjà.
Alors le temps passe, la situation ne s’améliore pas, s’enkyste, se trouble ou s’empire. Si nous ne bougeons toujours pas, la vie actionne une sonnette un peu plus forte : grosse grippe qui nous cloue au lit une semaine, petite hernie discale qui commence à nous empêcher de garder les activités qui nous font plaisir, état dépressif ou anxiodépressif mais qui ne nécessite pas encore de traitement véritable. Et ces insomnies, toujours plus fréquentes, et ces labilités émotionnelles, et ce sentiment de dévalorisation.

Encore une fois : le choix. On n’écoute pas, ça va aller, ça arrive à tout le monde, c’est une mauvaise passe.

Et puis, encore quelques mois, années et cette fois, la vie tape sec : burn-out qui nous cloue six mois en arrêt et va laisser des séquelles et un gros trou dans le CV, hernie discale qui nécessite une opération, accident grave, AVC ou infarctus, état dépressif majeur nécessitant un suivi et une prise en charge médicamenteuse, et au final, dégradation des relations en général, divorce, grosse crise, perte d’emploi. A ce stade, nous sommes les jouets de la vie et nous n’avons plus de choix. La vie a finalement choisi pour nous.

Quel est l’intérêt de l’introspection, de l’honnêteté, du discernement et de l’humilité dans un tel processus ? Il est simple.

Plus nous écoutons tôt les signes que nous envoie la vie quand nous sommes mal orientés, plus notre liberté est grande. Plus nous écoutons tard, et moins nous avons le choix de la suite.
Par exemple : nous savons que notre job ne nous satisfait plus. Si nous lisons les premiers signes, il est très simple de garder le poste tout en en cherchant un autre, nous ne sommes pas dans une urgence vitale. Nous pouvons postuler, avons le choix de refuser un emploi s’il ne nous plaît pas, et finalement de trouver notre nouvelle orientation avec les meilleures chances de succès. Nous avons été stratégiquement efficaces, avons eu de la marge de liberté et nous nous sommes respectés au passage.

Maintenant, imaginons la même chose sans écouter notre voix intérieure ni les signes subtils du départ : nous sursoyons à tout et après de multiples alarmes, la vie nous arrête : gros burn-out, état dépressif majeur, un an d’arrêt de travail. Immense trou dans le CV qui empêche de trouver un travail, car nous sommes encore fragiles et les employeurs le sentent. Chômage, qui nous oblige à prendre le premier travail venu payé moins bien que le précédent et encore moins intéressant.
La différence ? Notre marge de liberté a fondu comme peau de chagrin.
Qu’est-ce qui nous a manqué entre la première et la deuxième solution : bien souvent du courage, tout simplement. Et la capacité à faire des deuils.

Malheureusement, quand nous ne les faisons pas consciemment, ils nous sont imposés de manière souvent bien plus dure que si nous avions osé traverser la rivière. Oui, ça fait peur. Mais derrière l’eau : la clairière, le bois, le renouveau. Et non, pas de court-circuit possible et pas de garantie avant d’avoir osé. Il faut traverser l’Eau, la métamorphose, l’accouchement, le baptême. Ca fait mal, oui, mais quelle renaissance derrière!

Alors courage !

Fabrice Jordan, Centre d’art taoïstes Ming-Shan, 30.10.2021