/ novembre 2, 2019/ L'ARBRE À PALABRES, Sagesse & beauté


Y a des qualités de silence
Comme les étoffes ou le bois
Des profonds, des courts, des immenses
Des que l’on n’entend presque pas

Coule la pluie, cheveux et veste
Mouille ce qui ne pleure pas
Marcher le long de rues désertes
Où tu me manques pas à pas

Tu manques, si tu savais
Tu manques tant
Plus que je ne l’aurais supposé
Moi qui ne tiens pas même au vent

Prendre un taxi, tourner des pages
Féliciter, battre des mains
Faire et puis refaire ses bagages
Comment allez-vous?, à demain

On apprend tout de ses souffrances
Moi j’ai su deux choses, après toi:
Le pire est au bout de l’absence
Je suis plus vivant que je crois

Tu manques, si tu savais
Infiniment, tout doucement
Plus que je ne me manque jamais
Quand je me perds de temps en temps

Danger, dit-on, la lune est pleine
Est-elle vide aussi parfois?
Invisible, à qui manquerait-elle?
Peut-être à d’autres, pas à moi

Tu manques, si tu savais
Tu manques drôlement

Tu me manques

Jean-Jacques Goldman
1990



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