/ septembre 14, 2020/ 24 heures de méditation, L'ARBRE À PALABRES, Sagesse & beauté


Sometimes a Wild God

Sometimes a wild god comes to the table.
He is awkward and does not know the ways
Of porcelain, of fork and mustard and silver.
His voice makes vinegar from wine.

When the wild god arrives at the door,
You will probably fear him.
He reminds you of something dark
That you might have dreamt,
Or the secret you do not wish to be shared.

He will not ring the doorbell;
Instead he scrapes with his fingers
Leaving blood on the paintwork,
Though primroses grow
In circles round his feet.

You do not want to let him in.
You are very busy.
It is late, or early, and besides…
You cannot look at him straight
Because he makes you want to cry.

The dog barks.
The wild god smiles,
Holds out his hand.
The dog licks his wounds
And leads him inside.

The wild god stands in your kitchen.
Ivy is taking over your sideboard;
Mistletoe has moved into the lampshades
And wrens have begun to sing
An old song in the mouth of your kettle.

‘I haven’t much,’ you say
And give him the worst of your food.
He sits at the table, bleeding.
He coughs up foxes.
There are otters in his eyes.

When your wife calls down,
You close the door and
Tell her it’s fine.
You will not let her see
The strange guest at your table.

The wild god asks for whiskey
And you pour a glass for him,
Then a glass for yourself.
Three snakes are beginning to nest
In your voicebox. You cough.

Oh, limitless space.
Oh, eternal mystery.
Oh, endless cycles of death and birth.
Oh, miracle of life.
Oh, the wondrous dance of it all.

You cough again,
Expectorate the snakes and
Water down the whiskey,
Wondering how you got so old
And where your passion went.

The wild god reaches into a bag
Made of moles and nightingale-skin.
He pulls out a two-reeded pipe,
Raises an eyebrow
And all the birds begin to sing.

The fox leaps into your eyes.
Otters rush from the darkness.
The snakes pour through your body.
Your dog howls and upstairs
Your wife both exults and weeps at once.

The wild god dances with your dog.
You dance with the sparrows.
A white stag pulls up a stool
And bellows hymns to enchantments.
A pelican leaps from chair to chair.

In the distance, warriors pour from their tombs.
Ancient gold grows like grass in the fields.
Everyone dreams the words to long-forgotten songs.
The hills echo and the grey stones ring
With laughter and madness and pain.

In the middle of the dance,
The house takes off from the ground.
Clouds climb through the windows;
Lightning pounds its fists on the table.
The moon leans in through the window.

The wild god points to your side.
You are bleeding heavily.
You have been bleeding for a long time,
Possibly since you were born.
There is a bear in the wound.

‘Why did you leave me to die?’
Asks the wild god and you say:
‘I was busy surviving.
The shops were all closed;
I didn’t know how. I’m sorry.

’Listen to them:

The fox in your neck and
The snakes in your arms and
The wren and the sparrow and the deer…
The great un-nameable beasts
In your liver and your kidneys and your heart…

There is a symphony of howling.
A cacophony of dissent.
The wild god nods his head and
You wake on the floor holding a knife,
A bottle and a handful of black fur.

Your dog is asleep on the table.
Your wife is stirring, far above.
Your cheeks are wet with tears;
Your mouth aches from laughter or shouting.
A black bear is sitting by the fire.

Sometimes a wild god comes to the table.
He is awkward and does not know the ways
Of porcelain, of fork and mustard and silver.
His voice makes vinegar from wine
And brings the dead to life.

Tom Hirons – Poet and Storyteller


 

“Parfois un dieu sauvage

Parfois un dieu sauvage s’invite à table.
Il est maladroit et ignore les manières,
De la porcelaine, des fourchettes, de la moutarde et de l’argent.
Sa voix fait tourner le vin en vinaigre.

Quand il se présente à ta porte,
Tu le crains, assurément
Il te rappelle cette chose sombre
Dans ton rêve
Ou ce secret que tu ne partageras jamais.

Il ne sonne pas…
Il gratte avec ses doigts
Laissant du sang sur la peinture.

Bien que des primevères jaillissent
En cercles à ses pieds,
Tu ne veux pas le laisser entrer.
Trop occupé.
Et il est tard ou tôt, et d’ailleurs…
Tu ne peux le regarder en face
Parce qu’il te donne envie de pleurer.

Ton chien aboie.
Le dieu sauvage sourit,
Tend sa main.
Le chien lèche ses blessures
Et le conduit à l’intérieur.

Il est dans ta cuisine.
Et du lierre grimpe à tes buffets;
Le gui dépasse des abat-jour
De l’intérieur d’une bouilloire,
Des roitelets ont entonné une vieille chanson

“Je n’ai pas grand-chose”, dis-tu
En lui tendant le pire de ta nourriture.
Il est assis à table, il saigne.
Il tousse.

Des renards sortent de sa bouche
Il y a des loutres dans ses yeux.

Quand ta femme appelle,
Tu lui dis que ça va,
Et fermes la porte
Tu ne la laisseras pas voir
L’étrange invité à ta table.

Ce dieu sauvage veut du whisky
Et tu lui verses un verre,
Puis un pour toi.
Trois serpents nichent
Dans ton larynx. Tu tousses.

Oh, espace infini.
Oh, mystère éternel.
Oh, cycles sans fin de naissances et de morts.
Oh, miracle de la vie.
Oh, merveilleuse danse de tout cela.

Tu tousses à nouveau,
Expulses les serpents et
Ajoute de l’eau à ton whisky,
Tu te demandes comment tu es devenu si vieux
Et où est passée ta passion.

Le dieu sauvage porte la main à son sac
Fait de peau de taupe et de rossignol.
Il sort une flûte à deux roseaux,
Fait signe d’un sourcil
Et tous les oiseaux se mettent à chanter.

Le renard saute dans tes yeux.
Les loutres s’extraient de l’obscurité.
Les serpents s’immiscent à l’intérieur de ton corps.
Ton chien hurle et à l’étage
Ta femme exulte et pleure à la fois.

Le dieu sauvage danse avec ton chien.
Tu danses avec des moineaux.
Un cerf blanc tire un tabouret
Et brame des hymnes enchanteurs.
Un pélican saute de chaise en chaise.

Au loin, des guerriers jaillissent de leurs tombes.
L’or ancien sort de terre comme l’herbe dans les champs.
Tout le monde rêve à des chants oubliés depuis longtemps.
Les collines font écho et des pierres grises tintent
Avec rire, folie et douleur.

Au milieu de la danse,
La maison quitte le sol.
Des nuages entrent par les fenêtres;
La foudre frappe du poing sur la table.
La lune se penche par la fenêtre.

Le dieu sauvage pointe ton flanc.
Tu saignes abondamment.
Tu saignes depuis longtemps,
Depuis ta naissance peut-être.
Il y a un ours dans la blessure.

“Pourquoi m’as-tu laissé mourir?”
Demande le dieu sauvage et tu dis:
«J’étais occupé à survivre.
Les magasins étaient tous fermés;
Je ne savais pas comment. Je suis désolé.’

Écoute-les:

Le renard dans ton cou et
Les serpents dans tes bras et
Le roitelet et le moineau et le cerf…
Les grandes bêtes inconnues
Dans ton foie, tes reins et ton cœur…

Il y a une symphonie de hurlements.
Une cacophonie de dissidence.
Le dieu sauvage hoche la tête et
Tu te réveilles par terre avec un couteau,
Une bouteille et une poignée de fourrure noire.

Ton chien dort sur la table.
Ta femme s’agite, loin au-dessus.
Tes joues humides de larmes,
Ta bouche te fait mal de rire ou d’avoir trop crié.
Un ours noir est assis près du feu.

Parfois un dieu sauvage s’invite à table.
Il est maladroit et ignore les manières,
De la porcelaine, des fourchettes, de la moutarde et de l’argent.
Sa voix fait tourner le vin en vinaigre.
Et ressuscite les morts.

Tom Hirons


Traduit et adapté de Tom Hirons “Sometimes a Wild God” par Benoît Leibzig

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