/ mars 13, 2020/ L'ARBRE À PALABRES, Sagesse & beauté


Christiane, te souviens-tu?

Ce beau geste, à la fin des courtes séances de méditation à Rastenberg, qui te faisait, après avoir sonné une fois ton bol d’airain, joindre les deux mains au-dessus de ton front puis te pencher jusqu’à ce que ton front touche le sol devant toi…

Qui ne sait se prosterner ne saura pas grandir, disais-tu parfois.

Ce geste je l’ai fait mien, non en hommage à ta personne, plutôt en recherche de sa potentialité : rappeler chaque jour à l’imbécile satisfait qui sommeille en moi la possibilité d’oublier, un temps, la couleur de son propre regard, le goût de sa propre langue et peut-être, front au sol, tenter de rallier l’orée première de l’invisible…

Ainsi les gestes que nous faisons nous honorent, non par leur dessin, mais par l’intention dont nous les animons. Non par leur esthétisme, mais par la danse intérieure qui les fait naître. A Rastenberg, certains jours tout était danse, chaque geste devenait offrande. Parfois je me transformais en arbre et tout, autour de moi, vibrait, palpitait comme aux premiers jours du monde.

Un moine zen arrivé en Californie pour enseigner l’assise, est éberlué de la façon qu’ont les occidentaux de donner quelque chose à quelqu’un : d’une seule main. D’où il vient, on offre des deux mains, avec une légère courbette. Geste habité.

Donner d’une seule main. Parler la langue de bois. Marcher absent. Il est tant de façons d’échapper au miracle de chaque seconde.

Jean-Pierre Vassaire
19.02.2020


 

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