/ août 30, 2020/ L'ARBRE À PALABRES, Nature, écologie & société, Sagesse & beauté, Santé & psycho


Extraits d’un entretien accordé par Bernard Stiegler pendant le confinement du printemps 2020 (extraits compilés par José Lillo, 09.08.2020):

“Aujourd’hui, il faut absolument tirer les leçons de cette catastrophe, qui n’est qu’un début, qui en plus va se combiner avec d’autres catastrophes, dans d’autres champs de la réalité humaine, financiers, environnementaux, politiques, car on a tout à craindre d’une explosion du ressentiment, de l’agressivité, des nationalismes, etc. Donc, il est fondamental pour lutter contre cela d’ouvrir une nouvelle perspective qui revendique un nouvel âge de la raison. <…> Car ce qui s’est produit avec l’économie industrielle du capitalisme qui émerge au 19ème siècle, c’est la prolétarisation généralisée, qui consiste à détruire les savoirs. D’abord des ouvriers, qui deviennent des prolétaires, et aujourd’hui, même des managers, qui ne savent plus comment fonctionne leur système, c’est eux-mêmes qui le disent. <…> Macron est parfois pathétique, mais il est pathétique parce qu’il est prolétarisé comme tout le monde. Ce qui est gravissime, c’est qu’il le dénie. Il ne s’en aperçoit même pas. <…> Il y a beaucoup de choses à faire, il est très tard pour faire quelque chose, ça, tout le monde le sait, tout le monde le dit, malheureusement, il y a très très très peu de temps, mais il faut essayer. <…> Qu’est-ce que nous dit le vivant ? <…> Alors je sais qu’on dit souvent que les virus ne sont pas vivants, c’est très discuté, mais peu importe. En tout cas, ils appartiennent, ils prolifèrent avec le vivant, dans le vivant. Qu’est-ce que nous dit le vivant ? <…> Mon corps est lui-même inscrit dans une niche, qui lui-même appartient à un écosystème, cette niche et cet écosystème sont ceux de l’espèce humaine <…> En tant qu’être vivants, nous sommes soumis, pas intégralement, aux lois de la biologie, mais quand même fondamentalement soumis. <…> Aujourd’hui nous vivons ce rappel à nous. Il se rappelle à nous via ce virus. <…> Ce que nous dit le vivant à travers cette infection, c’est que si nous ne rétablissons pas un rapport à la localité, nous sommes fichus. C’est dangereux de dire ça, bien entendu, parce que : le rapport à la localité, mais qu’est-ce que ça veut dire ? ça veut dire que Marine Le Pen va dire : « – Ah, j’avais raison ». Non, pas du tout. Pourquoi ? Le rapport à la localité dont nous parlons ici, c’est le rapport à la localité ouverte <…>. Il faut que nous inventions une nouvelle localité. La biosphère, c’est une localité dans le système solaire. Pourquoi est-ce que c’est une localité ? C’est au sens scientifique du terme. Il s’y produit des choses qui ne se produisent pas dans le reste de l’univers. La biosphère ne fonctionne pas comme le système solaire, par exemple, ou les autres planètes et étoiles du monde. Pourquoi ? Parce que dedans est apparue une logique qui est la logique du vivant. <…> Et un virus absolument nanométrique peut, tout à coup, détruire tout ça. Nous découvrons notre hyper-vulnérabilité, et en plus, ce n’est rien, parce que la vulnérabilité créée par ce virus on ne l’a pas encore vue. On va l’avoir dans les effets sur l’économie, qui risquent malheureusement d’être extrêmement dommageables. Et donc, il est très important, dans ce contexte-là, de repenser la situation, de repenser la situation totalement. Et d’une manière, à la fois patiente, mais extrêmement efficace dans le temps puisque nous n’avons pas beaucoup de temps, ça veut donc dire qu’il faut travailler avec de très hautes exigences conceptuelles. Et en même temps, en faisant un transfert des savoirs ultrarapide vers la société. <…> Il faut faire des propositions vraiment alternatives et dont l’évidence de l’intérêt s’impose à tous.”

Entretien accordé à Antivirus Philosophique, le 30 avril 2020, à écouter dans son intégralité ci-dessous :




Il ne faut pas rejeter les techniques mais les critiquer
Bernard Stiegler, 11 juin 2020

Publication originale et articles complets : France Culture, Les Chemins de la philosophie




Bernard Stiegler, mutations sociales, politiques, économiques et psychologiques
Thinkerview, janvier 2018




Bernard Stiegler, Prendre soin de nos désirs
février 2020

Publication originale et articles complets : France Culture, A voix Nue, 10-14 février 2020




Cette crise oblige le néolibéralisme à se dédire de manière spectaculaire
Bernard Stiegler, avril 2020

“Cette crise sanitaire oblige le néolibéralisme à se dédire de manière spectaculaire, au moins provisoirement. Alors que son agenda est de transformer l’espèce humaine pour l’adapter à un monde ouvert, dans lequel les flux sont censés s’accélérer sans cesse, il se trouve soudain contraint d’imposer aux populations le décret inverse, celui de s’adapter à un monde fermé, ralenti et figé, à un monde de stase et de clôture.”

Entretien complet à lire ici  : Marianne, 15.04.2020




De la mémoire et l’intelligence artificielle
Bernard Stiegler, août 2019

L’Observatoire B2V des Mémoires, 23 août 2019




Bernard Stiegler & le consumérisme, 2012




Serions-nous tous en train de devenir fous ?
Bernard Stieglier, 2018

 

RTB La Première, Dans quel monde vit-on, 2018

Article complet à lire ici :

https://www.rtbf.be/lapremiere/emissions/detail_dans-quel-monde-on-vit/accueil/article_bernard-stiegler-serions-nous-tous-en-train-de-devenir-fous?id=9857840&programId=8524




Pour aller plus loin :